Lundi 20 novembre 2006
 
Au gré de mes recherches, j'ai eu le privilège de tisser des liens avec Jacques Prioleau, bâtisseur d'églises dans la seconde moitié du XXe siècle. Les éditions Complicités ont publié en 2003 un ouvrage
qui tente de reconstituer les moments forts de la carrière de l'architecte.  
 
           

« Eclat visible de l’invisible, la lumière est porteuse du sacré. L’ombre et la lumière animent les lieux construits par l’homme. D’une minute à la suivante, l’apparence change, une vie secrète et mystérieuse se déroule au rythme solaire. L’architecte, en organisant ces ombres et ces clartés, a le pouvoir de donner une âme à l’espace qu’il façonne. Aujourd’hui, je rêve d’un espace baigné d’une douce clarté qui contiendrait en son centre l’autel immaculé, rayonnant, dans la lumière sacrée de la transfiguration. » Jacques Prioleau

  Jacques Prioleau était (1921-2005) un architecte peu connu du grand public mais a eu un rôle et une notoriété incontestable dans le domaine de l’art sacré. Aucun ouvrage n’avait été alors publié sur son œuvre de constructeur et de « restaurateur » d’églises.
 
Notre souhait le plus cher était de lui donner la parole afin de mieux connaître la personnalité de l’architecte mais aussi de mieux comprendre ses influences afin de suivre son parcours d’architecte. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de présenter son itinéraire sous la forme d’un entretien. L'architecte a collaboré avec de nombreux artistes comme Léon Zack, Irène Zack, Philippe et Dominique Kaeppelin, Simon Flandrin ou Thomas Gleb, etc., ainsi dans chaque lieu conçu ou réaménagé par l'architecte, il n'est pas rare de faire la rencontre avec un autre artiste de talent. 
 
Son travail a été reconnu dès son premier chantier à L'Agneaux par les directeurs de la revue de L’Art Sacré mais également par des personnalités comme Yves-Marie Froidevaux, architecte en chef des Monuments historiques.
 
Bibliographie :

Jacques Prioleau, l’architecte de la lumière, Grignan, éd. Complicités, 2003, 106p.

http://www.editions-complicites.com

« La peau des murs », la tapisserie dans l’œuvre de Jacques Prioleau », Chroniques d’Art Sacré, n° 76, hiver 2003, p.14.

 

 

 
Par Christine Blanchet-Vaque - Publié dans : ateliersartistescontemporains
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Lundi 13 novembre 2006

 

Didier Tallagrand vit et travaille à Pont-Saint-Esprit (Gard). Il est professeur à l'école des Beaux-Arts d'Annecy. En 2005, invité à Piolenc, l'artiste a su s'inspirer de l'environnement urbain de la ville et proposer, à travers le thème du musée, un regard différent mais non moins critique sur la question du paysage aménagé. 

Notes de Didier Tallagrand, avril 2005 : 

" L’espace physique m’intéresse comme lieu d’investigation, et particulièrement l’espace d’un village rural dont le développement immobilier et l’aménagement des voiries restent des problèmes contemporains centraux, d’où le titre du projet : Espace témoin, villa témoin, appartement témoin.... Ces images sont reconnaissables, il s’agit bien de photographies de Piolenc et de visions projectives de l’implantation d’un futur musée de l’île et de l’ail. Projet vain et scabreux qui dans ces images accumulent les édifices phares du village : gare, clocher, pont.... éclairages de noël…. déstabilisant le spectateur villageois dans la reconnaissance de son espace de vie mais qui font sens en regard d’aménagements ( futurs) de cet espace. Séductrices par leurs couleurs, leurs veloutés et dans l’éclat de rire d’un tel projet, ces images éclairent d’une réalité contemporaine, à l’aune de sa mémoire routière et de son image touristique, le petit village de Piolenc, capitale de l’ail. "

                                

Une série de cartes postales (limitées à 1000 exemplaires) est toujours disponible. Information : cvaque@laposte.net

                              

Bibliographie :

« Les pérégrinations imaginaires de Didier Tallagrand sur l’île des faisans », livre d’artiste, publié par Angle Art Contemporain, Saint-Paul-Trois-Châteaux à l’occasion de l’exposition Ile des faisans, avril/juin 2005.

"1bis île des faisans (suite et fin), discussion", publication par Angle Art Contemporain, Saint-Paul-Trois-Châteaux, août 2006.

 

 

Par Christine Blanchet-Vaque - Publié dans : ateliersartistescontemporains
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Jeudi 9 novembre 2006

                                

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'ai rencontré Matthew Tyson en 2001 qui avait reçu une commande importante de vitraux à la cathédrale Saint-Claude. Après cette expérience, il me paraissait intéressant de l'inviter à Piolenc dans l'église paroissiale.

 

 

  

Pour un artiste, intervenir dans un lieu de culte, c’est oublier un temps son narcissisme afin de se mesurer à l’histoire des hommes qui y vivent et aménagent ce lieu depuis son origine. Ainsi, à l’occasion des dernières Journées du Patrimoine, Matthew Tyson a relevé le défi d’inscrire une trace artistique, plus précisément un rayon, qui de la voûte du chœur de l’église s’est prolongée jusque devant la porte de la mairie. « C’est au cœur de notre vie que ce rayon vient nous rejoindre », rappelait le père Ginoux dans son homélie. Telle l’échelle de Jacob, cette empreinte a relié durant quelques heures la vie matérielle au monde céleste. En résonance avec le chemin de croix sans représentation, ce geste minimaliste a été sans conteste une invitation à une approche spirituelle plus introspective.

 Né en 1959 à Londres, Matthew Tyson vit et travaille à Piégros La Clastre , près de Crest (26). Il expose dans de nombreux lieux en France et à l’étranger. Il a conçu les dix vitraux de la cathédrale de Saint-Claude (Jura). Egalement éditeur d’art, l’artiste a proposé une édition limitée de l’œuvre « Rayon » à la pointe sèche. Les Journées Européennes du Patrimoine ont eu lieu le 16 et 17 septembre.

 

 

                                                    

Bibliographie

« Les vitraux de la cathédrale de Saint-Claude, Entretien avec Matthew Tyson, genèse d’un projet », in Les couleurs du Ciel, vitraux de création au XXe siècle dans les cathédrales de France,catalogue d'exposition, Chartres, éd. du Centre International du vitrail/Gaud, 2002, 160p.,p 142 à 143. 

"Cathédrale Saint-Claude, Matthew Tyson" et "Entretien avec Mathew Tyson et Pierre Alain-Parot"  in Lumières contemporaines - Vitraux du XXIe siècle et architecture sacrée, catalogue d’exposition, édition du centre international du vitrail, 2005, p. 219 à 225.

 

 

 

 

Par Christine Blanchet-Vaque - Publié dans : ateliersartistescontemporains
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Samedi 4 novembre 2006

  

J'ai réalisé plusieurs entretiens avec l'artiste et visite régulièrement son atelier et ses expositions. 

Commissaire d'exposition de Posture de Mendiant à Piolenc, j'ai voulu revenir sur ce moment fort.

L'oeuvre de ce plasticien est avant tout une réflexion sur l'Homme et ses conditions dans la société et  l'Histoire. A Piolenc, il a poursuivi ses interrogations à travers la représentation de deux hommes, deux mendiants aveugles, l'un vient d'Istanbul et l'autre de Mexico. Ce n'est pas tant les figures qui l'intéresse, mais leur posture, car d'où qu'ils viennent, « leur » image est universelle : leur main tendue attendant la pièce, la tête et les épaules baissées acceptant leur sort.  

Pour Cerino, le rôle de l'artiste est d'aller voir les coins sombres, du côté de ce que l'époque refoule, et non pas de rester sous la lumière. Durant deux jours, ces mendiants ont « illuminés » l'espace de l'église Saint-Pierre afin que « notre » regard « ne soit pas frappé d'amnésie » de la souffrance d'autrui.

 

Posture de Mendiant

Sérigraphie sur verre, 1,95 x 0,95m, réalisation atelier Thomas, Valence.

Église Saint-Pierre, Piolenc, Journées du Patrimoine, 21 et 22 septembre 2002.

Jean-Marc Cerino (1965) vit et travaille à Saint-Etienne.

Depuis octobre 2006, il enseigne à l'école des Beaux-Arts, à Nîmes.

 

 

Bibliographie: 

 

« Le nouveau choeur de l'église de Vassieux en Vercors : oeuvres de Jean-Marc Cerino et Carmelo Zagari », Arts, cultures et foi, n°37, septembre 2007, p. 14 à 16. (coécrit avec le frère Marc Chauveau, op)

« Entretien avec Jean-Marc Cerino », actes du colloque Du spirituel dans l'art contemporain, Palais du Luxembourg, 31 janvier et 1er février 2003.Paris, éd. Ereme, 2003, p. 45 à 49. (cet entretien a  été filmé par Pierre Arnaud, Anouscka Films, 2003)

 

Vitraux d'ici, vitraux d'ailleurs, propos d'artistes, catalogue d'exposition, Grignan, éd. Complicités, 2001, 77p.

« Jean-Marc Cerino », carton d'invitation pour l?exposition Al-licht, Nimègue, Hollande, 11 avril au 31 mai 2004, publicatie bij Opstanding in de Stad, van Pasen tot Pinksteren.

 « Autour de Posture de mendiant », texte pour l?exposition Jean-Marc Cerino - Autour de Posture de mendiant, Galerie Sapet, Mirmande, 4 juillet au 4 septembre 2004. (non publié)

 

copyright pour les deux visuels: Jean-Marc Cerino

 

Posture de Mendiant, cartes postales, renseignement : cvaque@laposte.net

 

 

 

 

 

 

 

 

                                 

Par Christine Blanchet-Vaque - Publié dans : ateliersartistescontemporains
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Mercredi 1 novembre 2006

   

Paris, 9 décembre 2005

C.B.-V : Vous auriez pu devenir écrivain, car vous lisez beaucoup et vous êtes un homme amoureux de la littérature. D’ailleurs votre première référence est Conrad : quels rapports entretenez-vous avec l’écriture ?  

 G.M : J’ai écrit une dizaine de livres sur ma peinture. Mon premier ouvrage Au-delà du tachisme témoignait de mon besoin d’expliquer ma différence avec les autres. Et puis c’était surtout une action décisive contre les abstraits géométriques, comme par exemple des gens comme Vasarely, du reste il était charmant, mais il n’y avait, à mes yeux, aucune transcendance dans ses tableaux géométriques.     

 Je pensais à vos livres mais également à la revue que vous avez dirigée pour une compagnie maritime ?  

 

 

 Oui, United State Lines. Déjà en 1947, cette compagnie m’avait nommé directeur des relations publiques, et puis en 1953, les responsables m’ont confié la mission d’éditer une fois par an leur revue[1]. Ça a été merveilleux parce que j’ai correspondu avec un très grand nombre de personnes ; j’ai eu des articles signés par les plus grands noms de l’histoire[2]. J’ai privilégié trois domaines qui me paraissaient fondamentaux : l’expression, le savoir et la pensée[3]. D’ailleurs, dans le premier numéro[4], j’ai essayé de faire une comparaison entre ce qu’on peut appeler les trois composantes d’une civilisation française et américaine. C’était absolument fascinant de pouvoir écrire à toutes les universités américaines et à l’intelligentsia française et d’en voir quelles en étaient les correspondantes.  

 

            Vous vous êtes beaucoup intéressé à la philosophie, et on peut lire vos textes qui sont très référencés en la matière.  

 

Oui, j’admire Heidegger et j’aime Nietzsche pour sa liberté extrême bien qu’il fasse à un certain moment l’éloge de la Grèce et ce n’est pas mon cas. De la Grèce , je n’aime que les pré-socratiques peut-être avec excès mais tous ce qui est Platon, Aristote… c’est dépassé sur le plan de la logique, cette logique classique est anéantie.  

 

Revenons à la peinture et à vos débuts de peintre.  

 

Oui. Mes premières peintures abstraites ont été réalisées à Douai dans le Nord de la France lorsque j’ai été nommé professeur d’anglais. A ce moment-là, je n’étais pas au courant de ce qui se passait à Paris. L’année suivante, je suis parti enseigner le français à l’université américaine de Biarritz où j’ai entendu parler pour la première fois des peintres américains, mais je ne les connaissais pas. Ensuite, j’ai été vivre à Istres où il y avait encore une présence américaine. Et, c’est dans cette ville en 1946 que j’ai peint deux ou trois tableaux qui sont tout à fait révélateurs de ma personnalité et que j’ai envoyés dans les salons et les expositions. Je suis venu m’installer à Paris le 9 mars 1947, car finalement c’est là où tous se passait. J’ai commencé à exposer, mais j’ai surtout organisé ma première exposition contre l’abstraction géométrique qui s’appelait l’Imaginaire[5] mais qui devait en réalité s’appeler Vers l’Abstraction lyrique 

 

            Pourquoi l’Imaginaire et non l’Abstraction lyrique ?  

 

La propriétaire de la galerie, Éva Philippe, trouvait ce titre trop compliqué et au dernier moment a préféré le modifier. J’y ai concédé, mais pour moi « abstractivisme » aurait été encore plus juste qu’abstraction. Abstractivisme va avec cubisme, futurisme, abstraction ça n’a pas l’air d’être une école de peinture.  

 

            Vous êtes donc l’inventeur de « l’Abstraction lyrique ». Aujourd’hui, l’histoire de l’art regroupe un certain nombre d’artistes de votre génération, notamment ceux qui ont émergé à la fin de la guerre, sous différents titres comme la Seconde École de Paris, l’Art Informel, le Taschisme… Avec le temps, comment situez-vous votre peinture par rapport à ces « mouvements » ?  

 

Oui, je suis au courant de tout cela. L’Abstraction lyrique, c’est moi qui ai trouvé ce terme ; Je crois que je suis le seul à l’incarner véritablement. L’exposition que je voulais faire, et que j’ai faite en 1947, était pour réunir tous ceux qui n’étaient pas bien sûr géométriques, mais surtout qui avaient une tendance à une certaine liberté[6]. Pour le catalogue, j’avais demandé à Jean-José Marchand de faire la préface et dans son texte, il emploie le véritable titre L’Abstractivisme Lyrique.



[1] United State Lines Paris Review, revue culturelle bilingue, a été dirigée par G. Mathieu jusqu’en 1962. 

[2] Le musicien Boulez, L’ethnologue et philosophe Claude Lévy-Strauss, Le critique d’art Clément Creenberg, l’architecte F. Lloyd Wright, l’écrivain Henry Miller, le physicien Albert Einstein, le musicien et artiste John Cage, etc. La revue était luxueuse, imprimée sur papier couché ; elle était ouverte à toutes les formes de l’art et de la culture mais également à des domaines différents comme celui de la science. Elle était diffusée gratuitement à 15000 personnes dans le monde. 

[3] Dans un entretien avec Georges Suffert, le peintre explique ce qu’il entend par ces trois domaines : « J’ai eu le privilège de comprendre assez tôt que l’accomplissement d’un être et a fortiori d’une civilisation ne pouvait se réaliser que par l’osmose de trois domaines, qui sont : l’Expression, le Savoir et la Pensée. Cette dernière devant être la résultante des enseignements des deux premières, l’art étant une manifestation de l’être à un niveau plus profond que ne l’est l’intelligence. » L’abstraction prophétique, Paris, éd. Gallimard, 1981. - (coll. Idées) 

[4] On peut noter quelques thématiques de la revue : « Rapports de jeu et des civilisations », 1956 ; « Nouvelle orientation de la civilisation occidentale », 1958 ; « Le thème de la fête dans le monde et le temps », 1960. 

[5] L’exposition a été présentée en décembre 1947 à la galerie Luxembourg qui venait d’ouvrir ses portes dans la rue Gay-Lussac. Quatorze artistes sont présentés : Mathieu, Atlan, Hartung, Wols, Byren, Arp, Riopelle, Leduc, Ubac, Vulliamy, Brauner, Solier, Picasso, Verroust. La manifestation est remarquée et accueillie favorablement par la presse spécialisée. Dans la revue Réforme, C. Donell écrit : « (…) Chacun des peintres qui exposent ici a son style propre, mais on découvre dans cette peinture abstraite, sous des aspects encore insolites, une tendance générale vers un lyrisme pur, dégagée de toutes contraintes, qui évoque des mondes énigmatiques, d’une poésie un peu inquiétante. » 

[6] A propos de cette exposition, G. Mathieu explique ses motivations : « (…) l’essentiel est de rassembler ceux qui représentent la liberté la plus totale, la plus absolue, vis-à-vis des théories, en face de tous ceux chez lesquels l’on trouve des traces de cubisme, de constructivisme, de néo-platicisme, de surréalisme. » in Mathieu, 50 ans de création, Paris, éd. Hervas, 2003, p. 35.

 

 

 

 

Cet entretien est publié in Georges Mathieu, Le Privilège d'être, Paris, éd. Complicités, 2006.  

www.editions-complicites.com               

 

 

 

 

Par Christine Blanchet-Vaque - Publié dans : ateliersartistescontemporains
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